Théorie et Expérience

Quelques Définitions:

Théorie

Etymologie: origine grecque : Theôria (action de voir, d'observer)Theôrein (contemplation de l'esprit, spéculation théorique).

Définition générale : Ensemble d'idées. de concepts abstraits, plus ou moins organisés, appliqué à un domaine particulier.

Définition générale philosophique :Théorie representatives ou explicatives, ou concrétes (elles visent à expliquer les phénoménes observés)
Théories-synthéses ou abstraites (elles regroupent et classent en un systéme des lois particuliéres d'un domaines physique).
Plus générale: critique et valeur de la connaissance.Recherche critique visant à définir sous quelles conditions et dans quel mesure la pensée peut connaître.

Expérience

Etymologie: origine latine : experientia (essai, épreuve) expperiri (éprouver, faire l'essai).

Définition générale : Fait d'éprouver quelque chose, considéré comme un elargissement ou un enrichissement de la connaissance, du savoir des aptitudes.

Définition générale philosophique : Pour les empiriste, c'est la source unique de la connaissance. Pour les rationalistes, c'est une matiére de la connaissance ou intuition empirique qui demande à être "raisonné".

Quelques citations:

"La connaissance requiert des objets stables " Platon

"toutes connaissances ne commence qu'avec l'expérience ce qui ne veut pas dire qu'elle dérive toute de l'expérience " Kant.

"Les mathématiques sont a priori et theoriques." Kant

"La premiére source de la connaissance est la sensation " Locke

"Le travail conceptuel est le plus vrai " Hegel

Quelques textes :

De PLATON (427-347 av. J.-C.)): Texte Theorie Experience Platon

Théétète, 150 a-c.: Voilà donc jusqu'où va le rôle des accoucheuses ...

De JOHN LOCKE (1632-1704): Texte Theorie Experience Locke

Essai philosophique concernant l'entendement humain: La première chose qui se présente à examiner, c'est : Comment l'homme vient à avoir toutes ces idées ?...

De Emmanuel KANT (1724-1804): Texte Theorie Experience Kant

Préface de la seconde édition de la Critique de la Raison pure : Lorsque Galilée fit rouler ses boules sur le plan incliné...

De Henri BERGSON (1859-1941): Texte Theorie Experience Bergson

Trop souvent nous nous représentons encore l'expérience comme destinée à nous apporter des faits bruts...

 

Quelques sujets de dissertation :

Quel sens et quelle valeur peut-on accorder à l'expérience ?
Expliquez et, éventuellement, discutez la formule : "je ne crois que ce que je vois"
Est-ce toujours légitimement que l'on invoque la réalité des faits contre les spéculations de la raison ?

Synthése:

Souvent l’on confond ou l’on assimile tout ce qui est abstrait avec la théorie et tout ce qui est concret avec l’expérience. On juge les théories éloignées des fais et l’on soulignera la « solidité » des idées fondées sur l’expérience. En quelque sorte l’expérience, comme le concret, serait le signe du sérieux et du contrôlable et la théorie au contraire céderait aux tentations du vague et de l’invérifiable

Les philosophes qui s’interrogent sur l’origine et les conditions possibilité de la connaissance humaine ont traditionnellement opposé la sensibilité (faculté d’obtenir des sens des impressions sur ce qui existe en dehors de nous) et l’entendement (faculté de penser les objets de la connaissance, c’est-à-dire ordonner les données de l’expérience grâce aux concepts ou catégories). La théorie serait donc du côté de l’entendement : un ensemble de représentations et d’explications abstraites d’un domaine de la réalité ; l’expérience, au contraire, comme la sensibilité, renverrait à l’idée de « contact direct » avec les choses. Pourtant cette dissociation « évidente » ne résiste pas à un premier examen, celui même d’une expérience.

Descartes dans son expérience avec la cire montre que le morceau est d’abord d’une certaine forme (dur et froid), mais une fois fondu, il n’a plus les qualités de l’évidence sensible. Il ne suffit pas de voir ou de toucher la cire mais il faut la concevoir. La cire donne au départ son apparence, qualités visibles par le sensible, mais il ne s’agit pas de ces qualités « constituantes ».

Il existe une opposition traditionnelle entre les empiristes et les rationalistes. Descartes rationaliste pense que la connaissance procède de la raison (la raison est la seule source de notre connaissance), tandis que les empiristes pensent que la sensibilité et l’expérience sont les seules sources possibles de la connaissance. Hume (empiriste) au XVIII° siècle, se demande d’ou vienne nos certitude à propos de l’expérience, ce que nous apprenons de l’expérience correspond bien à la réalité ?

La répétition des expériences et de leurs observations tentent à nous faire croire qu’il y a entre les événements des relations de cause à effet. Mais aussi nombreuses que soient les expériences concordantes, nous ne seront jamais assurés d’avoir étudié la totalité du champ des phénomènes observés. L’universalité et la nécessité des lois causales resteront problématiques. Finalement la connaissance scientifique toute entière reposerait elle que sur une croyance ?

Cette hypothèse que Hume fait peser sur notre savoir Kant croit pouvoir la relever. Pour Kant le concept de cause comprend en lui-même l’idée de liaison, nécessaire entre cause et effet. Cette idée de liaison n’est pas comprise dans l’expérience, elle n’est pas tirée de l’expérience. Il s’agit d’une connaissance « a priori », c’est-à-dire entièrement et uniquement produite par la raison. Ces connaissances « a priori » sont en fait des « catégories » qui existe dans notre esprit et qui ont le pouvoir d’organiser nos représentations de la réalité. L’expérience devient possible parce que nous avons en nous ces « catégories ».

Il faut faire « parler » la nature. Le vrai problème est donc de lui poser les bonnes questions. Il faut s’étonner devant les enseignements imprévus de telle ou telle observation, raisonner avant d’expérimenter, formuler des hypothèses pour pouvoir les vérifier. Le hasard en matière d’explication scientifique fait rarement seul les choses.

Il faut même aller plus loin et forcer la nature à répondre aux questions qu'on lui pose tout en ayant en partie un "préjuger" sur ces réponses. On ne peut pas se contenter du fait "brut", de la simple constatation objective. Le fait scientifique devient intéressant que si le scientifique sait qu'il y a quelque chose à comprendre. La terre tournait autour du soleil bien avant que Copernic ne l’affirme : ce ne sont pas les faits qui ont changés au XVI° siècle, ce sont les concepts scientifiques. Pour que la rotation de la terre devienne un fait il lui avait d’abord fallu être une idée. L’objectif n’est pas ce qui est donné, mais ce que l’on doit construire. Cette construction s’opère en raisonnant, en élaborant des concepts, en utilisant des instruments, en procédant à des vérifications expérimentales. L’ « objet » scientifique est ce dont on se rapproche par élimination progressive de la subjectivité. Le sujet observé qui est différent de l’ « objet » scientifique reste nécessaire à cette construction.
Il faut éviter les opinions, les idées toutes faites sur les choses. Bachelard nomme cela les « obstacles épistémologiques ». Ces obstacles entravent le progrès de la connaissance. Il prend un exemple celui de la rosée du matin. L’observation naturelle a laissé longtemps croire à deux possibilités : la rosée tombe du ciel ou qu’elle sort des plantes. En fait le phénomène de la rosée est rationalisé par la loi fondamentale de l’hygrométrie liant la tension de vapeur et de la température. Bachelard conclu alors : « appuyé sur la rationalité d’une telle loi, on peut, sans contestation possible, résoudre le problème de la rosée ».

La nature est pensée comme autre, il faut définir les bases d'un dialogue constructif avec elle. La "méthode expérimentale" désigne précisément la marche à suivre pour rendre ce dialogue efficace. Claude Bernard écrira au XIX° siècle que cette méthode repose sur un "trépied" :
- Le sentiment, il y a quelque chose à comprendre dans le phénomène observé mais encore inexpliqué
- La raison qui permet d'inventer les hypothèses explicatives
- L'expérience: dispositif élaboré en vue d'infirmer ou de vérifier les hypothèses. Comme l'écrit un mathématicien René Thom:" l'expérimentation ne dispense pas de penser".

L’idée d’une nature entièrement déterminée par des lois qui en règle toutes les manifestations doit être précisé. Au XVII° siècle, le concept même de loi commence à changer de contenu : à l’idée de loi impénétrable conçue à l’image des commandements divins, se substitue, progressivement, l’idée d’une règle constante exprimant les rapports entre des êtres ou des phénomènes.

Les conditions de possibilité d’une investigation rationnelle de l’univers sont alors données : la nature apparaît comme une grande machine dont le fonctionnement dépend exclusivement de la façon dont les différentes parties ont été assemblées lors de sa construction et qui est entièrement déterminé par des lois gouvernants toutes ses manifestations et en garantissant la régularité. C’est la mécanisme et le déterminisme qui viennent d’être définis. Ils seront remis en cause au XX° siècle.

Les causes changent alors de statut. Ce n’est plus dans une « nature cachée » des choses qu’il faut chercher les explications des phénomènes mais dans les liens qui unissent ces phénomènes et leur « circonstance de production ». Par exemple , la cause du mouvement des corps à la surface de la terre ne se trouve pas dans la nature même des corps, mais dans l’attraction exercée sur eux par la terre. Auguste comte au XIX ° siècle ira même jusqu'à dire que tous les phénomènes (même sociaux) sont « assujettis à des lois ».

Voilà les bases sur lesquelles s’est progressivement mise en place l’investigation à la fois expérimentale et rationnelle de la réalité. A chacune de ses étapes importantes, cette investigation se concrétise par l’élaboration de nouveaux concepts et de nouvelles théories. Ces concepts et ces théories physiques sont des créations de l’esprit humain, non de simple « copie » de la réalité. Le physicien se trouve face au monde dans la position de l’homme « qui essaie de comprendre le mécanisme d’une montre fermée » ; grâce à ses hypothèses, ses calculs, au recours à des instruments de plus en plus perfectionnés, aux vérifications expérimentales, il peut proposer un système d’explications de plus en plus satisfaisantes. Il ne rendra pourtant jamais visible l’intérieur de l’horloge. Une théorie n’est pas directement descriptive ou explicative : elle constitue un modèle abstrait dont on déduira des descriptions ou des explications correctes de la réalité. Par exemple si les théories de Newton ont été jugées satisfaisantes, c’est qu’à partir d’un petit nombre de principes (l’attraction terrestre, la gravitation, l’inertie), elles permettaient de calculer les mouvements des corps terrestres et célestes de notre univers, en partant de la connaissance de leur état de mouvement à un moment donné.

En plus des théories de Newton, nous devons y rajouter en autre les théories d’Einstein. Les théories d’Einstein ne viennent pas remplacer et rendre les théories de Newton fausses, elles permettent simplement d’expliquer un plus grand nombre de phénomènes. Il existe des phénomènes, nous tentons de trouver des explications. Le degrés de pertinence d’une théorie physique dépend de sa confirmation expérimentale, des critères de rigueur et de cohérence interne. Les recherches contemporaines portant sur des structures de plus en plus complexes, le niveau d’abstraction de la physique est très élevé. La construction mathématique est même une condition nécessaire à la découverte Par exemple au siècle dernier, Le Verrier, astronome, établissait l’existence de la planète Neptune par le calcul avant même que l’on ait pu l’observer.

Le débat entre empiriste et rationaliste a-t-il toujours lieu d’être ? Non dans la mesure où depuis plus d’un siècle maintenant, la physique ne progresse qu’au prix d’une activité de plus en plus élaborée par la raison des physiciens et d’emprunts de plus en plus nombreux aux mathématiques. Malgré tout la théorie ne peut se passer de l’expérience. La physique doit garder un rapport avec la réalité. Pour certains même l’expérience est un contrôle nécessaire, un passage obligatoire pour valider une théorie.
Pourtant même expérimentalement établie, la vérité scientifique (la théorie expérimentée et prouvée) n’est jamais définitive. Bien que l’ordre de l’univers change peut (supposition), sa connaissance, en revanche, n’est qu’une succession d’erreurs corrigées et de vérités provisoires.