Cours Religion

Quelques Définitions:

Etymologie: origine latine : religio (scrupule (attention scrupuleuse), sentiment, croyance) mais aussi religare (lier, rattacher).

Définition générale : Ensemble d'actes rituels liés à la conception d'un domaine sacré distinct du profane, et destinés à mettre l'âme humaine en rapport avec dieu.

Problématique philosophique : Nous pouvons distinguer à partir des premières définitions deux aspects de la religion:

1) Ce qui relie l'homme à dieu

2) Une pratique rituelle institutionnalisée

Développement:


On peut voir que nous avons la foi d'un côté et les rituelles institutionnalisés de l'autre. Il semble difficile de trouver de trouver une société sans forme de vie religieuse. Pour durkheim (sociologue , philosophe1858-1917) dans son ouvrage "les formes élémentaires de la vie religieuse, 1912" toute religion semble délimiter une sphère du sacré et une sphère du profane. C'est une première unité que l'on peut donner au concept "religion".

 

Texte Religion Nietzsche (2)

Friedrich Nietzsche (1844-1900): Texte sur la Religion

Humain, trop humain,1878

Quelle est la force du besoin métaphysique et avec quelle peine finalement la nature s’en sépare, on peut le déduire de ce que, dans l’esprit libre encore, alors qu’il a secoué toute métaphysique, les plus hauts effets de l’art produisent aisément une résonance des cordes métaphysiques dès longtemps muettes, voire brisées, lorsque, par exemple, à un certain passage de la Neuvième Symphonie de Beethoven, il se sent planer au-dessus de la terre dans un dôme d’étoiles, le rêve de l’immortalité au cœur : toutes les étoiles semblent scintiller autour de lui et la terre descendre toujours plus profondément. – Prend-il conscience de cet état, il sentira peut-être une piqûre profonde au cœur et soupirera après l’être qui lui ramènerait la bien-aimée perdue, qu’on l’appelle Religion ou Métaphysique. C’est en de pareils moments que son caractère intellectuel est mis à l’épreuve.

 

 

Texte Religion Nietzsche

Friedrich Nietzsche (1844-1900): Texte sur la Religion

Le Gai Savoir, (1882-1887)

Le plus important des événements récents, le fait que «Dieu est mort», que la foi en le Dieu chrétien a été ébranlée commence déjà à projeter sur l’Europe ses premières ombres. Du moins pour le petit nombre de ceux dont le regard, dont la méfiance du regard sont assez aigus et assez fins pour ce spectacle, un soleil semble s'être couché, une vieille et profonde confiance s'être changée en doute : c'est à eux que notre vieux monde doit paraître tous les jours plus crépusculaire, plus suspect, plus étrange, plus «vieux».[…]

En effet, nous autres philosophes et «esprits libres», à la nouvelle que «le Dieu ancien est mort», nous nous sentons illuminés d'une aurore nouvelle; notre cœur en déborde de reconnaissance, d'étonnement, d'appréhension et d'attente, enfin l'horizon nous semble de nouveau libre, en admettant même qu'il ne soit pas clair, enfin nos vaisseaux peuvent de nouveau mettre la voile, voguer au-devant du danger ; tous les coups de hasard de celui qui cherche la connaissance sont de nouveau permis; la mer, notre pleine mer s'ouvre de nouveau devant nous, et peut-être n'y eut-il jamais une mer aussi «pleine». […]

  Dieu est mort : mais telle est la nature des hommes que, des millénaires durant peut-être, il y aura des cavernes où l’on montera encore son ombre. Et quant à nous autres  il nous faut vaincre son ombre aussi!

 

 

Texte Religion Otto

Rudolf Otto (1869-1937): Texte sur la Religion

Le Sacré, 1917

Considérons ce qu’il y a de plus intime et de plus profond dans toute émotion religieuse intense qui est autre chose que foi au salut, confiance ou amour, ce qui, abstraction faite de ces sentiments accessoires, peut à certains moment remplir notre âme et l’émouvoir avec une puissance presque déconcertante ; poursuivons notre recherche en nous efforçant de le percevoir par la sympathie, en nous associant aux sentiments de ceux qui, autour de nous, l’éprouvent et en vibrent à l’unisson ; cherchons-le dans les transports de la piété et dans les puissantes expressions des émotions qui l’accompagnent, dans la solennité et la tonalité des rites et des cultes, dans tout ce qui vit et respire autour des monuments religieux, édifices, temples et églises : une seule expression se présente à nous pour exprimer la chose ; c’est le sentiment du mysterium tremendum, du mystère qui fait frissonner. Le sentiment qu’il provoque peut se répandre dans l’âme comme une onde paisible ; c’est alors la vague quiétude d’un profond recueillement. (…)

Il peut aussi surgir brusquement de l’âme avec des chocs et des convulsions. Il peut conduire à d’étranges excitations, à l’ivresse, aux transports, à l’extase. Il a des formes sauvages et démoniaques. Il peut se dégrader et presque se confondre avec le frisson et le saisissement d’horreur éprouvé devant les spectres. Il a des degrés inférieurs, des manifestations brutales et barbares, et il possède une capacité de développement par laquelle il s’affine, se purifie, se sublimise. Il peut devenir le silencieux et humble tremblement de la créature qui demeure interdite… en présence de ce qui est, dans un mystère ineffable, au-dessus de toute créature.

 

 

 

Texte Religion Freud (2)

Freud (1856-1939): Texte sur la Religion

un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci, 1910

Quand un homme, ainsi qu’il advint à Léonard, échappa dans sa première enfance à l’intimidation par le père[1] et rejeta, au cours de son activité investigatrice, les chaînes de l’autorité, il y aurait contradiction criante à ce que le même homme fût demeuré croyant et n’eût pas réussi à se soustraire au joug de la religion dogmatique.

 

La psychanalyse nous a appris à reconnaître le lien intime unissant le complexe paternel à la croyance  en Dieu, elle nous a montré que le dieu personnel n’est rien d’autre, psychologiquement, qu’un père transfiguré ; elle nous fait voir tous les jours comment des jeunes gens perdent la foi au moment même où le prestige de l’autorité paternelle pour eux s’écroule.

 

Ainsi nous retrouvons dans le complexe parental la racine de la nécessité religieuse. Dieu juste et tout-puissant, la Nature bienveillante, nous apparaissent comme des sublimations[2] grandioses du père et de la mère, mieux, comme des rénovations et des reconstructions des premières perceptions de l’enfance.

 

La religiosité est en rapport biologiquement avec le long dénuement et le continuel besoin d’assistance du petit enfant humain[3], lorsque plus tard l’adulte reconnaît son abandon réel et sa faiblesse devant les grandes forces de la vie, il se retrouve dans une situation semblable à celle de son enfance et il cherche alors à démentir cette situation sans espoir en ressuscitant, par la voie de la régression[4], les puissances qui protégeaient son enfance.

 



[1] Freud montre que Léonard de Vinci apprit, dés l’enfance à renoncer au père

[2] Activités et phénomènes sans rapport, apparemment, avec nos pulsions fondamentales, mais qui pourtant en dérivent

[3] L’enfant est moins achevé que les autres animaux, lorsqu’il est jeté dans le monde. L’objet qui est sensé le protégé voit sa valeur accrue.

[4] Mouvement rétrograde du sujet vers les étapes dépassées de son développement.