Platon: sa philosophie

Cicéron désigne Platon comme « le plus grand philosophe grec », d'autres vont jusqu'à écrire que les philosophes qui viennent aprés lui « n'ont guère fait que mettre des notes en bas des pages de ses œuvres ».

Il importe de comprendre la nature même de sa philosophie, nature que Platon a précisée nettement. Selon lui la philosophie ne s'enseigne pas, elle ne s'apprend pas par la simple lecture d'une œuvre. L'œuvre n'exprime qu'imparfaitement et infidèlement la pensée de l'auteur. Les œuvres ne peuvent remplacer, surtout dans la découverte de la Vérité, une méditation personnelle. Cette dernière permet une libération de l'Esprit et doit entraîner la rupture avec la pensée commune ainsi qu'avec les habitudes contractées dans l'existence concrète.

On ne peut aborder l'œuvre de Platon sans connaître ces conditions, sinon on court le risque de ne voir que de belles formules et des raisonnements séduisants par leur subtilité dialectique.

Comme pour tous les auteurs de l'Antiquité, il faut d'abord s'accoutumer à une position radicalement différente sur les problèmes centraux de la nature de l'univers, des rapports de l'homme avec l'univers et du sens de l'existence. Il faut accepter Platon et son rationalisme soucieux de clarté logique, d'ordre et d'harmonie dans les idées ; son goût très prononcé pour la vie contemplative et en même temps sa passion de l'action. Il faut enfin se familiariser avec une pensée exigeante, sans cesse soucieuse de revenir sur elle-même pour s'éprouver et s'approfondir en se dépassant. Platon veut établir une synthèse des multiples aspects du réel sans renoncer à aucun. Il veut aboutir à cette impossible vision totale du monde et de l'existence.

Sa Mission, son objet, sa fonction

Platon a une double mission, directeur d'école et philosophe. Or, quand Platon commence à professer et à philosopher à Athènes, les sophistes depuis une cinquantaine d'années, ont l'ambition d'orienter la philosophie dans le sens d'une fonction politique et d'assumer la formation de la jeunesse.

Quelques-uns des principaux sophistes (Protagoras, Gorgias, Thrasymaque, Critias, Hippias) seront les personnages principaux des dialogues de Platon.

Ils définissent la philosophie comme la somme des études libérales capables d'assurer la meilleure existence, aussi bien pour l'individu que pour la collectivité, ce qui paraît ,à première vue, constituer une notion acceptable de la Sagesse. La vertu permet, quant à elle, de bien administrer les affaires de la cité, c'est-à-dire d'assurer le bien à ses amis et le mal à ses ennemis.

Les sophistes soutiennent qu'ils n'existe pas de normes universelles et absolues pouvant servir de référence. Le « bien » est relatif aux besoins et aux intérêts humains, donc il est contingent et variable. L'homme, disait Protagoras, est la mesure de toute chose. L'homme doit déterminer en toutes circonstances ce qui lui convient, instituer sa vérité et son bien. Le seul critère devient l'utilité, la réussite, le succès dans l'action.

La justice n'est donc pas autre chose que l'intérêt du plus fort. L'utilitarisme préconise la réussite à la fois sociale et individuelle. Le « meilleur » gouverne pour son plus grand bien et celui de tous. La « nature » l'a instauré législateur sans recours aux normes…

Au fil du temps l'enseignement des sophistes et leur pratique vont se radicaliser.Au V° siècle avant JC à Athènes le discours règne en maître, celui qui en détient le prestige dans les assemblées conquiert aisément le pouvoir. La sophistique va se muer en rhétorique , en art de bâtir des discours éloquents à partir de « lieux communs ». Ce qui compte, ce n'est pas la valeur intrinsèque de ce qui est dit, mais la manière de le dire qui entraîne le triomphe.

Le souci de la Vérité fait place à la culture du vraisemblable (apparence de vérité) et le désir de jouer avec les apparences susceptibles de séduire l'interlocuteur l'emporte.

Dés lors Platon va se poser en adversaire des sophistes. A ses yeux le sophiste est l'homme de l'illusion et du mensonge. Le langage ne doit pas être un outil de domination d'autrui mais il n'a de valeur et de sens que s'il exprime la Vérité, que si il traduit l'essence du réel. La controverse, centrale chez les sophistes,oppose les hommes entre eux alors qu'il faut chercher l'accord des esprits sur lequel se fonde la recherche du vrai.De plus la poursuite du succès pour lui-même engendre la frénésie des égoïsmes et des passions, des rivalités qui préparent le terrain de la tyrannie.

La position de Platon opère un retournement. L'homme ne saurait être séparé du Monde, à plus forte raison opposé au Monde. Il se situe dans le Monde en tant que celui-ci constitue un Ordre. La conduite humaine doit s'intégrer dans l'Ordre général du Cosmos (en Grec "cosmos" signifie ordre). La justice n'est pas autre chose que la mise en conformité de la nature et de l'action humaines, individuelles et collectives ,à l'ordre naturel. Les lois affirmeront que dieu est la mesure de toutes choses et non plus l'homme comme le disait Protagoras.

La philosophie n'a pas d'autre objet et d'autre fonction que la détermination de la « mesure » divine. Elle sera d'abord connaissance de l'être , science de l'être, dans son essence intime par-delà les apparences. Une politique authentique doit s'efforcer de modeler le milieu humain à l'image de la Vérité, c'est-à-dire de la structure de l'être.

L'homme de gouvernement le « gardien » ou « magistrat » devra être un philosophe. Il devra recevoir une éducation intellectuelle et spirituelle (idées développées dans la République, le politique et les lois ).

Contrairement aux Sophistes, Platon, ne veut pas imposer de convictions à des esprits qu'on veut capter, enchaîner. Il veut préparer des esprits prévenus, les disposer à la recherche libre, sans violence, de la Vérité. Il faudra de longs et pénibles efforts pour rendre la pensée capable et libre, en la purifiant des préjugés, des mauvaises habitudes contractées dans la vie commune. L'homme possède un œil qui permet la vision, mais il ne peut parvenir à celle-ci que si son regard et son corps tout entier sont convenablement dirigés.

La purification requise suppose donc préalablement une « conversion » : tel sera le rôle de l' « ironie » socratique présente dans les dialogues platoniciens. Il s'agira de multiplier sur une affirmation première, les questions afin de faire naître les difficultés qui obligeront à prendre conscience des sottises nées des assurances communes, des limites des savoirs que l'on croit posséder.

Il en résulte un certain embarras comme nous le voyons dans le Ménon lorsque ce dernier compare Socrate à une torpille qui paralyse sa proie. Un tel trouble est salutaire, il est la marque d'un esprit qui se dégage de son passé et s'engage par sa disponibilité dans la voie du savoir.

Pour Platon et Socrate, l'âme porte en elle la Vérité, à son insu. Accéder au Vrai c'est donc prendre conscience de ce que l'on porte en soi, en un sens le faire sortir de soi. Une activité difficile comparable à l'enfantement.

L'homme doit être aidé dans cet effort, telle sera la fonction du maître : non pas instruire, mais orienter convenablement, guider, soutenir, encourager vers la Vérité qu'il désire, qu'il devine et découvre peu à peu.

Ainsi apparaît la signification du dialogue :obliger à approfondir, corriger si besoin est. On parle alors de maïeutique cet art d'accoucher les Esprits. Ce terme est un hommage de Platon à sa mère qui était sage femme.

Théorie de la connaissance de Platon

Problème de la connaissance sensible

Outre les difficultés d'une science du bien, Platon doit lutter contre le relativisme sophistique selon lequel l'homme est la mesure de toute chose (Protagoras). Ce relativisme anéantit en effet la connaissance en la faisant dépendre d'un état subjectif et empirique de l'individu. Le problème qui se pose à Platon est donc celui de la fondation du savoir ; on peut le formuler ainsi : l'intelligence que nous avons des choses doit avoir une origine non sensible, sans quoi toute pensée serait nécessairement fausse.


Théorie des Idées
Platon a développé toute une philosophie des Idées. Selon lui, les Idées sont la vrai réalité, celle dont dérive l’être des choses dans le monde, elles sont donc permanentes. Notre pensée implique un niveau qui ne provient pas de l’expérience, mais qui va influencer notre perception de l’expérience. L’expérience en effet ne nous permet pas d’atteindre l’absolu des Idées. Notre connaissance des Idées provient de ce que Platon appelle la réminiscence. Selon Platon, notre âme perd à sa naissance le clair souvenir des Idées. Le « je sais que je ne sais rien de Socrate » est ainsi un « Je sais que j’ai oublié » chez Platon où la connaissance vraie n’existe qu’au niveau des Idées, l’homme, quant à lui, se tient en effet dans l’entre-deux, puisque même les réalités empiriques appartiennent au domaine de l’approximation
Qu'est-ce qu'une Forme intelligible ?
L'idée, ou la forme (traduction du grec eidos) est :
· une réalité invisible (elle est perçue par une intuition de l'esprit) ;
· une essence immatérielle et éternelle ;
· un archétype de la réalité.


Platon est un réaliste (ou un idéaliste objectif) : ce réalisme métaphysique consiste à soutenir la thèse de l'existence de formes ou d'archétypes extérieurs et indépendants de nous, archétypes qui servent de modèles aux choses du monde sensible, au devenir. Ce sont ces Formes qui constituent la réalité de toutes choses, leur essence par quoi nous pouvons les penser, permettant ainsi à la science d'avoir une assise immuable. Les choses du monde sensible, en perpétuel devenir, participent à ces archétypes, dont elles reçoivent le nom. Mais l'intelligibilité même des Formes est reçue d'une réalité que Platon situe au-delà de l'être, et qui est le Bien, comparable au soleil. C'est ce monde métaphysique auquel le philosophe aspire, et il doit s'efforcer de le contempler et de le connaître, autant que sa nature mixte (esprit et corps) y peut parvenir, en attendant d'y séjourner, après la mort .