Kant: sa philosophie

Kant (1724-1804) :

Kant dans la « critique de la raison pure » entreprend l’examen des pouvoirs mais aussi des limites de notre raison. Il ne s’inscrit pas comme Descartes dans une logique du doute. Il s’inscrit dans une compréhension des fondements des vérités. Il ne doute pas que telles ou telles autres vérités existent mais il veut comprendre sur quoi elles sont fondées.


Il propose alors pour sa réflexion un découpage, une sorte de classification des jugements. Tout cela va dans le même sens : mieux cerner, comprendre, nos connaissances. Le premier pas, va se porter sur les jugements rigoureusement vrais, c’est-à-dire nécessaires et universels, ceux là sont a priori, c’est-à-dire indépendants des hasards de l’expérience. Ces jugements a priori il va les classer dans les jugements analytiques. Un jugement analytique c’est celui dont le prédicat est contenu dans le sujet. Par exemple si je dis un triangle a trois angles, il suffit simplement d’analyser la définition du triangle pour affirmer que le triangle à trois angles. Kant propose en suite un autre jugement, celui dont l’attribut enrichie le sujet, par exemple ce triangle est vert. Le vert du triangle est a posteriori, ce vert du triangle apparaît parce que je l’ai vu. Il appelle cela un jugement synthétique.

Kant se propose alors d’introduire un troisième jugement qui va lui permettre d’élaborer sa doctrine sur la connaissance, ce sont les jugements à la fois synthétiques et a priori. Pour comprendre voici un exemple. On prend notre triangle et on constate que la somme des angles de ce triangle vaut 180°. C’est la même valeur que si j’ajoute deux angles droits. Ce résultat cette constatation, ajoute quelque chose à l’idée du triangle, comme le vert de tout à l’heure, sauf que là il n’est pas utile de faire une constatation expérimentale. Je peux le savoir par une démonstration rigoureuse.


Pour cette démonstration, je fais une construction du triangle dans l’espace. Cet espace , je le représente sur une feuille de papier. Cette possibilité que nous avons de représenter l’espace mais aussi le temps, c’est un cadre qui fait partie de la structure de notre esprit. L’espace et le temps ne sont pas issus de notre expérience. Ils sont des formes a priori de notre sensibilité dans laquelle mon expérience vient se déposer. Ils sont déjà présent dans notre esprit, il forme un cadre.


Kant prolonge alors son raisonnement, il se demande comment nous faisons pour réunir des phénomènes épars d’une expérience. Par exemple comment peut-on sans observation savoir que le chaleur fait bouillir de l’eau. Kant propose alors ces catégories (concepts fondamentaux a priori de la connaissance) sorte de structure préétablie dans notre esprit ou notre entendement. En effet, pour lui , avant tout expérience concrète il y a une exigence de liaison entre les phénomènes, une exigence d’explication par des causes et des effets. Ces catégories, outil de liaison entre les expériences eparses, sont nécessaires et universelles. Elles sont douze (qualité, quantité, unité etc.).

L’expérience est la matière de notre connaissance, mais c’est notre esprit qui dispose l’expérience dans un cadre spatio-temporelle puis lui donner ordre et cohérence dans notre esprit. L’esprit construit alors l’ordre de l’univers. La connaissance n’est pas le reflet de l’objet extérieur, mais c’est l’esprit humain qui construit avec les matériaux de l’expérience l’objet de son savoir. On a appelé cela la révolution copernicienne, cette vision « original » de la connaissance. Elle propose un changement profond sur notre vision de la connaissance, au même titre que Copernic à changer notre vision de l’univers en proposant non plus une terre au centre de l’univers mais une terre qui tourne autours du soleil passage du géocentrisme à l’héliocentrisme.


Kant pose alors la question de la connaissance métaphysique, l’existence de l’âme par exemple. Pour Kant ce qui est fondé c’est la connaissance scientifique, qui se contente comme on l’a vu de mettre en ordre les matériaux de l’expérience (connaissance du sensible). Kant nous signale que pour autant nous ne connaissons pas le fond des choses, nous ne connaissons que la manière dont il se manifeste à nous à travers notre cadre (l’espace et le temps). Nous ne connaissons que les phénomènes et non les noumènes (les chose en soi).
Pourtant la raison n’a de cesse que de construire des systèmes métaphysiques dans l’idée d’unifier tel est son devoir. Malheureusement sans l’appui de l’expérience elle se perd démontrant aussi bien ou mal la thèse et l’antithèse.

Après avoir expliqué les limites de la raison, Kant propose sa « réhabilitation » dans le domaine morale. En effet il découpe la raison en deux domaines, le premier que nous venons d’étudier, celui de la connaissance, c’est le domaine de la raison théorique. Le deuxième domaine celui que nous allons étudier, c’est le domaine de la raison pratique.

Dans le premier domaine, nous avons vu que la raison théorique à besoin de l’expérience, sorte de matériau, à partir duquel la construction opérée par l’esprit ou la raison, comme vous voulez, commence. Alors que dans le deuxième domaine, nous allons voir que la raison pratique, c’est-à-dire l’éthique, doit au contraire s’affranchir de tout matériau (issu du sensible) pour être elle-même.

Pour bien comprendre nous allons prendre un exemple. Le dévouement, si je suis dévoué par calcul intéressé ou simplement par affection, ma conduite n’est pas morale. L’explication est simple, mes calculs, mon intérêt, ou mon affection pourrait changer et me pousser à des actes contraires. Cette manière d’agir qui obéit à des mobiles issus de ma sensibilité ou de mes désirs, se base sur des hypothèses. Cela impliquerait que le bien est soumis à mes désirs, je fais mon devoir que si j’assouvis un désir ou si j’y trouve un intérêt. La moral ne se situe pas dans ce cadre, elle agit dans un cadre sans condition, fait ton devoir sans conditions. Il s’agit non pas d’un impératif hypothétique, mais catégorique.


Kant propose une véritable éthique rationaliste avec des règles morales comme :
- « agis toujours de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée en règle universelle »
- « Agis toujours de telle sorte que tu traites l’humanité, en toi et chez les autres, toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen ».
- « Agis comme si tu étais législateur en même temps que sujet dans la république des volontés ».

Les lois morales que nous venons d’énoncer et que nous devons appliquer dans nos actions ne sont en aucun cas issues de nos sentiments, elles ne trouvent aucunes origine dans nos expériences. Elles expriment l’autonomie de notre raison pure pratique.
La seule exception, c’est le respect, c’est un sentiment qui a une valeur morale.


Kant en magnifiant la raison humaine (notre raison possède ses lois morales), se méfie pourtant de la nature humaine et de tout ce qui est empirique et passionnel. Il faut imposer à l’homme le silence à sa nature charnelle et plier l’humaine volonté à la loi du devoir (morale).
Cette perfection morale que prône Kant par ses lois morales ou du devoir, nous ne pouvons l’atteindre dans notre vie présente. Kant postule (propose) alors l’immortalité de l’âme qui permettra à l’homme de réaliser la perfection morale. Kant retrouve là, la métaphysique dont il avait signalé la démonstration impossible dans la partie consacré à la raison théorique. Kant fonde la métaphysique sur la morale.
Kant aborde alors la liberté humaine. L’obligation morale, c’est donner une possibilité de répondre oui ou non à la règle morale, sinon cette obligation n’aurait aucun sens puisque ma conduite serait automatique déterminée par mes tendances. Nous avons la possibilité de choisir entre le bien et le mal. « tu dois, donc tu peux ».