Existence et Temps

Quelques Définitions pour Existence:

Etymologie: origine latine : existere (sortir de,s'élever de) et sistere (se tenir)

Définition générale : Le fait d'être ou d'exister; Par extention on évoque la Vie considérée dans sa durée (introduction de la notion de Temps),son contenu.

Définition générale philosophique : Désigne la realité non des choses mais du "pour" soi (conscience de son existence).Le mot existence est un des synonymes du mot realité. Au sens moderne l'existence est le mouvement par lequel l'homme est au monde, qui s'engage dans une situation physique et sociale.
Chez Sartre l'existence precede l'essence, c'est à dire que l'homme n'est rien d'autre que son projet, il n'existe que dans la mesure ou il se realise, il n'est rien d'autre que l'ensemble de ses actes.

Quelques Définitions pour Temps

Etymologie: origine latine: Tempus (moment,instant,période,intervalle de temps)

Définition générale: Milieu indéfini où parraissent se dérouler irréversiblement les existences dans leur changement, les événements et les phénoménes dans leur succession.

Définition générale philosophique: Milieu indéfini et homogéne dans lequel se déroule les événements, caractérisé par sa double nature, qui est à la fois succession et continuité, distinction et exclusion des moments qui le composent.
Chez Kant, forme universelle a priori de toutes connaissances et de toutes existences, en laquelle s'opérent à la fois le déroulement successif de la diversité sensible et la comprehension unificatrice de ce déroulement.
Pour Merleau-ponty c'est l'essence du sujet qui assure la continuité et l'unité de la conscience par "l'accord et le recouvrement du passé et de l'avenir à travers le present dans le passage même du temps.

Quelques citations:

"Pour l'existant, le suprême intérêt, c'est d'exister, et l'intérêt à l'existence est la réalité." Sören KIERKEGAARD

"Notre durée est irréversible... Ainsi notre personnalité pousse, grandit, mûrit sans cesse." Henri Bergson

Quelques textes :

De Sénèque (4 avant J.-C.-65 après J.-C.) :Texte Existence Temps Sénèque

De la brièveté de la vie (vers 49 après J.-C.): Quand tous les génies qui ont jamais brillé se réuniraient pour méditer sur cet objet, ils ne pourraient s'étonner assez de cet aveuglement de l'esprit humain ...

De Blaise Pascal (1623-1662): Texte Existence Temps Pascal

Pensées (1670) : Nous ne nous tenons jamais au temps présent...

Sören KIERKEGAARD (1813-1855): Texte Existence Temps Kierkegaard

Post-scriptum définitif et non scientifique aux Miettes philosophiques: La proposition : la subjectivité, l'intériorité est la vérité, implique la sagesse socratique dont le mérite immortel..

De Sartre (1905-1980): Texte Existence Temps Sartre

L'existentialisme est un humanisme (1946) : Lorsqu'on considère un objet fabriqué, comme par exemple un livre ...

Quelques sujets de dissertation :

Notre existence n'est-elle que l'écho et le vestige de notre passé ?
Faut-il vivre comme si nous ne devions jamais mourir ?

 

Synthése:

Le temps intimement lié au sentiment de notre existence, échappe presque à la définition : « tous les hommes conçoivent ce que l’on veut dire en parlant du temps, sans qu’on le désigne d’avantage » Pascal. Pourtant Pascal ajoute : "il y a bien différentes opinions touchant l’existence du temps. "

Si l’on cherche non plus à définir le temps mais à énoncer son principal caractère, c’est son ordre qui s’impose à l’attention, et plus précisément, l’irréversibilité de cet ordre. Dans l’irrévocable, le revenir n’est pas un sens interdit, mais un non-sens. Cette irréversibilité importe au plus au point à la vie morale. L’acte tombé dans le passé est impossible à corriger.
Le passé a perdu toute existence, il n’est plus que par l’ombre vaine du souvenir. Le passé est à la fois irrévocable et irréversible. Nous ne pouvons pas effacer le passé, en revanche nous pouvons faire autre chose qui se combinera avec l’acte du passé . Le sens globale du passé et du nouvel acte reste alors à achever. La tradition des moralistes et des confesseurs tente de convertir le remords en repentir. Ils veulent un retour vers un avenir bien employé.

Le présent peut être vécu et interprété de plusieurs façon. Il est le passage du « n’être pas encore » au « n’être déjà plus ». Le présent serait donc le passage d’un non-être à l’autre. Une conscience qui adhérerait strictement au présent ainsi conçu s’évanouirait avec lui.
Avec le présent vécu nous trouvons un autre résultat. Pensons aux actes familiers (fermer une porte, allumer une lampe, comprendre une parole, écouter une musique), nous pouvons évoquer le « maintenant », qui permet de relier une durée à un seul acte d’attention. Ce moment présent comporte une rétention du passé immédiat, différente du souvenir et une anticipation du futur immédiat qui n’est pas une prévision. Il y a une continuité possible, qui est une condition pour que le présent ne soit pas une rupture perpétuelle.

Pour Kant le temps est une forme a priori de la sensibilité. C’est un système de relation déjà existant dans notre esprit. Le temps est la forme de toute expérience. Il s’impose à toute expérience quelque soit son contenu. Cette nécessité est la marque de l’a priori.

Nous avons l’idée d’éternité, elle n’est pas située après la vie, ni avant, elle ne comporte aucun rapport à l’avant et à l’après. Nous avons connaissance de cette manière d’être de cette possibilité, comme le dit Spinoza, à chaque fois que l’on pense le nécessaire et l’universel.
Nous avons aussi en nous quelque chose qui refuse la mot, pas seulement notre instinct de survie, mais aussi l’attachement à des valeurs qui nous dépassent : Art, Culture, Connaissance, Amour. Ces valeurs donnent à l’humanité une sorte de droit qui transcende la fragilité du corps vivant.

On peut alors se poser la question de l’existence, pourquoi existons nous ? quel est le sens ou le but de l’existence ? Contrairement aux choses de la nature qui simplement sont là, l’homme non seulement existe, mais a conscience de son existence.
Pourtant l’existence, prise en son sens le plus général, sans qu’il soit encore question de savoir « qui » ou « comment » est d’abord une donnée brute et comme telle, indépassable, rebelle en tout cas à toute mise en question. Leibniz se demande même « pourquoi il y a plutôt quelque chose, plutôt que rien ». C’est une question qui est condamnée à être sans réponse, l’existence comme telle, ne se justifie pas. Cette question se comprend surtout dans une problématique chrétienne de la création.

Une autre question peut cependant s’ouvrir, la question de l’essence. Dire qu’une chose existe c’est simplement dire qu’elle est et affirmer sa réalité. Dire ce qu’elle est c’est affirmer son essence. (du latin « esse » qui veut dire « être »). Ce n’est qu’à travers la recherche de l’essence que ce qui existe peut être compris, pensé et du coup, devenir l’objet d’un discours possible, d’une analyse ou d’une définition.
Il semble donc logique que la recherche sur l’essence prenne le pas sur la question de l’existence. Chercher l’essence ou la définition d’un être, c’est chercher ce qui constitue la nature permanente et universelle, c’est-à-dire l’essentiel. Que Socrate soir debout ou assis, laid ou beau n’altère pas en lui l’humanité comme constituant son essence ? Que ce triangle soit dessiné à la craie ou sur le sable ne change pas sa définition.

Pourtant cette supériorité de l’essence sur l’existence ne va pas de soi, si l’on remarque que la distance qui sépare l’essence de l’existence est aussi celle qui sépare le possible du réel. Qu’une chose soit possible et même logiquement nécessaire (l’essence) ne prouve pas encore qu’elle existe. De la logique à l’existence, il n’y a pas de passage que la pensée puisse emprunter. L’existence ne peut pas se déduire comme peuvent se déduire les propriétés d’un triangle à partir de se définition. L’existence ne se prouve pas, elle s’éprouve. La pensée échoue par conséquent à en fonder la nécessité. L’existence apparaît comme une limite au pouvoir de penser lui-même en quelque sorte l’existence est impensable.

L’existence ne résulte d’aucune nécessité, c’est un don gratuit. Pourtant tout existence est menacée parce qu’elle s’inscrit dans le devenir et ce devenir s’inscrivant dans la temporalité, il est livré au temps. L’existence rencontre la mort comme horizon. C’est parce que la mort est cet horizon que l’existence devient pour l’homme un problème.

La mort comme terme est une expérience que personne ne peut faire. La mort comme destin habite l’existence elle-même et y inscrit la contingence (qui peut se produire ou non, être ou ne pas être ?). Seul l’homme est capable de se retour réflexif sur l’existence, de cet arrachement à la plénitude du simple fait d’être. Réfléchir sur l’existence, c’est donc faire l’expérience d’un manque : exister ne suffit pas.

L’exigence d’un sens témoigne de la nullité, pour l’homme, d’une existence tout entière rabattue sur la tâche animale de vivre. Il existe de nombreuses croyances permettant de trouver des idées, des orientations ou même un sens à sa vie. Mais il faut souligner que la mort reste une condition de possibilité même d’un sens. C’est ce par quoi s’oriente toute existence.

La mort est bien d’avantage qu’un événement biologique. Nul peut faire l’expérience de ma mort à ma place. C’est cette impossibilité absolue d’occuper sur mon existence un autre point de vue que le mien qui me constitue en sujet et fait de la subjectivité la catégorie même de l’existence. Exister c’est d’abord être un sujet. Il incombe à chacun de penser son existence. Il faut que chacun prenne la responsabilité de son existence.

C’est sur cette responsabilité que l’existentialisme met l’accent. IL y a la fameuse formule de Sartre : « l’existence précède l’essence ». C’est-à-dire que l’homme existe d’abord et se définit ensuite. L’homme existe toujours en avant de lui-même, on ne peut dire de lui simplement qu’il est, mais qu’il ex-siste (ex :dehors, sistere :se tenir). Il est avant tout ce qu’il se fait. Il s’agit la d’une liberté fondamentale. Il peut, biensur, laisser agir les autres ou les événements. L’existentialisme conduit à une morale de l’engagement.

L’existentialisme pose que chaque être humain, à travers ses actes ou ses choix, propose des valeurs. Il engage une définition de l’humanité dans son ensemble. L’homme n’a d’autre définition que celle qui se donne. Il s’agit d’un humanisme, car l’humanisme est une conception de l’homme qui pose se dernier comme valeur fondamentale. Il n’y a pas d’autres fondement que l’homme ( nature ou Dieu son exclut). L’existentialisme pose que c’est par l’homme que s’ouvre la question de l’existence, mais aussi par lui qu’elle se ferme.

Heidegger propose d’approfondir cette question de l’existence. Heidegger interroge à partir de la question de Leibniz : « pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien », la signification de ce « rien » ou de ce « néant ».
La plus grande dignité de l’homme ne serait pas qu’il doive assumer son existence mais que lui soit confiée la tâche de penser et de poser la question : « qu’est-ce que l’Etre ? ».