Autrui

Quelques Définitions:

Etymologie: origine latine : alterihuic (à cet autre ici présent)

Définition générale : Les autres, le prochain.

Définition générale philosophique : L'autre comme autre moi, relation telle que la connaissance de moi est inséparable de celle d'autrui.

Quelques citations:

"Parce que c'était lui, parce que c'était moi." (Essais (1580-1595)Montaigne).

"l'homme, et en général tout être raisonnable, existe comme fin en soi, et non pas simplement comme moyen dont telle ou telle volonté puisse user à son gré" (Fondements de la métaphysique des mœurs, Kant 1785)

"Autrui c'est l'autre, c'est-à-dire le moi qui n'est pas moi " (Sartre).

Quelques textes :

De Nicolas MALEBRANCHE (1640-1715) : Texte Autrui Malebranche

De la recherche de la vérité: De tous les objets de notre connaissance, il ne nous reste plus que les âmes ...

De Emmanuel KANT (1724-1804):Texte Autrui Kant

Fondements de la métaphysique des mœurs (1785) : Mais supposé qu'il y ait quelque chose dont l'existence en soi-même ...

De Jean-Paul SARTRE (1905-1980) :Textes Autrui Sartre

L'Etre et le Néant: La honte dans sa structure première est honte devant quelqu'un.......

L'existentialisme est un humanisme:Ainsi, l'homme qui s'atteint directement par le cogito découvre....

 

Quelques sujets de dissertation :

Respecter autrui est-ce s'interdire de le juger ?

 

Synthése:

Autrui est à la fois le même et l’autre. Il est caractérisé par cette double structure. Il est ni autre que moi, ni identique à moi. Il est alter ego c’est-à-dire à la fois un autre moi et autre que moi. Proximité et distance, familiarité et étrangeté qualifient mon rapport à l’autre. Autrui apparaît comme une figure contradictoire et énigmatique, qui fascine autant qu’elle inquiète.


La connaissance d’autrui semble toute naturelle. Les malentendus et les conflits qui surgissent ne viendraient ils pas de l’ignorance de ce qui les rassemblent et les unis. Mais la connaissance d’autrui est-elle possible ? On peut connaître autrui sur le mode indirecte de l’analogie. Tel comportement pour moi à tel sens il aura le même sens, je suppose, pour autrui. La connaissance direct d’autrui peut, peut être, s’opérer par l’intermédiaire de la sympathie, de la pitié ou de la compassion. Mais sentir comme autrui c’est aussi nier la différence d’autrui. Autrui n’est pas un objet il peut surprendre et changer. Son identité n’est pas donné un fois pour toute, elle se construit sans cesse.

La connaissance d’autrui rencontre deux limites, celles des faits, son histoire, il peut mentir, il vit dans un monde différent du mien et celle du droit, c’est un sujet libre, il est différent de moi, je ne peux nier sa différence.
La connaissance d’autrui se pose plus en une problématique de reconnaissance. Il faut admettre que je ne suis pas le seul sujet et qu’il existe une pluralité de conscience.
La reconnaissance de l’autre est à la fois nécessaire et conflictuelle. Chacune des consciences, pense Hegel, veut être reconnu par l’autre. La certitude subjective de son existence peut être transformée en certitude objective que par l’intermédiaire de la reconnaissance de l’autre.

Pour Sartre « l’enfer c’est les autres ». Par le regard que pose autrui sur moi, je suis destitué de ma liberté originelle et transformé en objet. En revanche c’est à travers autrui que je peux atteindre un savoir sur moi-même. « Autrui est le médiateur entre moi et moi-même » comme le dit Sartre. Autrui ne m’aliène pas uniquement, mais, il me libère en m’arrachant du repli ou croit pouvoir trouver refuge la conscience solitaire.

Les penseurs contemporain place autrui au centre de leur réflexion. Descartes faisait du seul sujet avec le « cogito » le fondement originel de la vérité. Mais l’idée même d’une vérité ou d’une objectivité suppose le rapport à autrui. C’est l’accord possible sur un monde commun (l’intersubjectivité) qui garantie la possibilité d’une vérité qui dépasse ma sphère privée de ma croyance. Sans autrui le monde serait réduit au point de vue que j’en ai. A travers le langage et la communication j’accède à un autre univers de sens, et c’est mon propre univers qui se transforme.

Autrui m’oblige au respect, au partage, à la sympathie. Il pose les limites naturelles à user de toutes choses. Autrui me destitue de mon amour-propre et de l’égocentrisme inhérent à la conquête de soi. Cette limite n’a de sens que librement consentie. Il transcende aussi bien l’amour, comme désir de fusion caractérisé par le « nous » mais aussi l’indifférence, comme mise à distance abstraite caractéristique du « on ».

Ce respect de l’autre, c’est le respect de l’autre moi-même. C’est le respect de l’humanité en ma personne. « agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse toujours valoir en même temps comme principe d’une législation universelle ». Kant dans cette maxime fait passer le devoir envers autrui du domaine du sentiment à celui de la morale qui m’enjoint au double respect des autres et de soi-même.
Ce respect de l’humanité est une tâche difficile. Cette humanité qui trouvent son expression dans des cultures différentes, parfois même hétérogènes. Autrui est alors étranger, lointain. Trop proche ou trop lointain autrui est celui qui me commande le respect de la distance et de la proximité. Le respect de l’humanité doit servir de fil conducteur.