Epreuve de philo au bac : annales depuis 2001
Le jour de l'épreuve, vous aurez 4 heures pour composer votre
travail.
Vous devrez choisir un sujet parmis 3 proposés (2 questions et un commentaire
de texte).
Nous vous proposons quelques exemples de sujets issus des annales depuis 2001:
2001:
Sujet 1 :
La question « qui suis-je ? » admet-elle une réponse exacte
?
Sujet 2 :
Tout pouvoir s'accompagne-t-il de violence ?
Sujet 3 :
Dans toutes les créatures qui ne font pas des autres leurs proies et
que de violentes passions n'agitent pas, se manifeste un remarquable désir
de compagnie, qui les associe les unes les autres. Ce désir est encore
plus manifeste chez l'homme : celui-ci est la créature de l'univers
qui a le désir le plus ardent d'une société, et il y est
adapté par les avantages les plus nombreux. Nous ne pouvons former aucun
désir qui ne se réfère pas à la société.
La parfaite solitude est peut-être la plus grande punition que nous puissions
souffrir. Tout plaisir est languissant quand nous en jouissons hors de toute
compagnie, et toute peine devient plus cruelle et plus intolérable.
Quelles que soient les autres passions qui nous animent, orgueil, ambition,
avarice, curiosité, désir de vengeance, ou luxure, le principe
de toutes, c'est la sympathie : elles n'auraient aucune force si nous devions
faire entièrement abstraction des pensées et des sentiments d'autrui.
Faites que tous les pouvoirs et tous les éléments de la nature
s'unissent pour servir un seul homme et pour lui obéir ; faites que
le soleil se lève et se couche à son commandement ; que la mer
et les fleuves coulent à son gré ; que la terre lui fournisse
spontanément ce qui peut lui être utile et agréable : il
sera toujours misérable tant que vous ne lui aurez pas donné au
moins une personne avec qui il puisse partager son bonheur, et de l'estime
et de l'amitié de qui il puisse jouir.
HUME
2002:
Sujet 1 :
Connaissons nous mieux le présent que le passé ?
Sujet 2 :
Sans l'art, parlerait on de beauté ?
Sujet 3 :
Quand je dis que nous avons le sentiment intérieur de notre liberté,
je ne prétends pas soutenir que nous ayons le sentiment intérieur
d'un pouvoir de nous déterminer à vouloir quelque chose sans
aucun motif physique (1) ; pouvoir que quelques gens appellent indifférence
pure. Un tel pouvoir me paraît renfermer une contradiction manifeste
[...] ; car il est clair qu'il faut un motif, qu'il faut pour ainsi dire sentir,
avant que de consentir. Il est vrai que souvent nous ne pensons pas au motif
qui nous a fait agir ; mais c'est que nous n'y faisons pas réflexion,
surtout dans les choses qui ne sont pas de conséquence. Certainement
il se trouve toujours quelque motif secret et confus dans nos moindres actions
; et c'est même ce qui porte quelques personnes à soupçonner
et quelquefois à soutenir qu'ils (2) ne sont pas libres ; parce qu'en
s'examinant avec soin, ils découvrent les motifs cachés et confus
qui les font vouloir. Il est vrai qu'ils ont été agis pour ainsi
dire, qu'ils ont. été mus ; mais ils ont aussi agi par l'acte
de leur consentement, acte qu'ils avaient le pouvoir de ne pas donner dans
le moment qu'ils l'ont donné ; pouvoir, dis je, dont ils avaient le
sentiment intérieur dans le moment qu'ils en ont usé, et qu'ils
n'auraient osé nier si dans ce moment on les en eût interrogés.
MALEBRANCHE
De la recherche de la vérité
(1) motif physique : motif qui agit sur la volonté
(2) ils, c'est-à-dire : ces personnes
2003:
Sujet 1 :
Le bonheur est-il affaire privée ?
Sujet 2 :
L'idée d'une liberté totale a-t-elle un sens ?
Sujet 3 :
Les noms des choses qui ont la propriété de nous affecter, c'est-à-dire
de celles qui nous procurent du plaisir ou du déplaisir, ont, dans la
conversation courante des hommes, une signification changeante parce que tous
les hommes ne sont pas affectés de la même façon par la
même chose, ni le même homme à des moments différents.
Etant donné en effet que tous les noms sont donnés pour. signifier
nos représentations et que toutes nos affections ne sont rien d'autre
que des représentations, lorsque nous avons des représentations
différentes des mêmes choses, nous ne pouvons pas facilement éviter
de leur donner des noms différents. Car même si la nature de ce
que nous nous représentons est la même, il reste que la diversité des
façons que nous avons de la recueillir, diversité qui est fonction
de la différence de constitution de nos corps et des préventions
de notre pensée, donne à chaque chose une teinture de nos différentes
passions. C'est pourquoi, lorsqu'ils raisonnent, les hommes doivent prendre
garde aux mots, lesquels ont aussi, au-delà de la signification de ce
que nous imaginons leur être propre, une signification renvoyant à la
nature, à la disposition et à l'intérêt de celui
qui parle ; tels sont les noms des vertus et des vices : car un homme appelle
sagesse ce qu'un autre appelle crainte ; et l'un appelle cruauté ce
qu'un autre appelle justice ; l'un prodigalité ce qu'un autre appelle
magnificence ; l'un gravité ce qu'un autre appelle stupidité,
etc. Il en résulte que de tels noms ne peuvent jamais être les
véritables fondements d'aucune espèce de raisonnement. Les métaphores
et les figures du discours ne le peuvent pas davantage : mais elles sont moins
dangereuses parce qu'elles professent leur caractère changeant, ce que
ne font pas les autres noms.
Thomas Hobbes, Léviathan
2004:
Sujet 1 :
Doit-on tout attendre de l'Etat ?
Sujet 2 :
La notion d'inconscient psychique est-elle contradictoire ?
Sujet 3 :
"L’origine de toutes les erreurs est, en un certain sens, la même
que celle des erreurs de calcul, qui arrivent aux arithméticiens. En effet,
il arrive souvent qu’à défaut d’attention ou de mémoire,
nous faisons ce qu’il ne faut pas faire ou que nous omettons ce qu’il
faut faire, ou bien que nous croyons avoir fait ce que nous n’avons pas
fait, ou que nous avons fait ce que nous croyons n’avoir pas fait. Ainsi,
il arrive que, dans le calcul (auquel correspond le raisonnement dans l’esprit),
on oublie de poser certains signes nécessaires, ou qu’on en mette
qu’il ne faut pas ; qu’on néglige un des éléments
du calcul en les rassemblant, ou qu’on opère contre la règle.
Lorsque notre esprit est fatigué ou distrait, il ne fait pas suffisamment
attention aux opérations qu’il est en train de faire, ou bien, par
une erreur de mémoire, il accepte comme déjà prouvé ce
qui s’est seulement profondément enraciné en nous par l’effet
de répétitions fréquentes, ou d’un examen prolongé,
ou d’un désir ardent. Le remède à nos erreurs est également
le même que le remède aux erreurs de calcul : faire attention à la
matière et à la forme , avancer lentement, répéter
et varier l’opération, recourir à des vérifications
et à des preuves, découper les raisonnements étendus, pour
permettre à l’esprit de reprendre haleine, et vérifier chaque
partie par des preuves particulières. Et puisque dans l’action on
est quelquefois pressé, il est important de s’habituer à garder
le sang-froid et la présence d’esprit, à l’exemple
de ceux qui, même au milieu du bruit et sans calculer par écrit,
savent exécuter des opérations sur des nombres très élevés.
Ainsi l’esprit s’habitue à ne pas se laisser facilement distraire
par les sensations externes ou par ses imaginations et ses affections propres,
mais à rester maître de ce qu’il est en train de faire, à conserver
sa faculté critique ou, comme on dit communément, son pouvoir de
faire retour sur lui-même, de manière à pouvoir, tel un moniteur étranger,
se dire sans cesse à lui-même : vois ce que tu fais, pourquoi le
fais-tu actuellement ?"
Leibniz
Remarques sur Descartes
2005:
Sujet 1 :
Le juste et l'injuste ne sont-ils que des conventions ?
Sujet 2 :
Le langage ne sert-il qu'à communiquer ?
Sujet 3 :
Si le cours naturel des choses était parfaitement bon et satisfaisant,
toute action serait une ingérence inutile qui, ne pouvant améliorer
les choses, ne pourrait que les rendre pires. Ou, si tant est qu'une action puisse être
justifiée, ce serait uniquement quand elle obéit directement aux
instincts, puisqu'on pourrait éventuellement considérer qu'ils
font partie de l'ordre spontané de la nature ; mais tout ce qu'on ferait
de façon préméditée et intentionnelle serait une
violation de cet ordre parfait. Si l'artificiel ne vaut pas mieux que le naturel, à quoi
servent les arts de la vie ? Bêcher, labourer, bâtir, porter des
vêtements sont des infractions directes au commandement de suivre la nature.
[...] Tout le monde déclare approuver et admirer nombre de grandes victoires de l'art sur la nature : joindre par des ponts des rives que la nature avait séparées, assécher des marais naturels, creuser des puits, amener à la lumière du jour ce que la nature avait enfoui à des profondeurs immenses dans la terre, détourner sa foudre par des paratonnerres, ses inondations par des digues, son océan par des jetées. Mais louer ces exploits et d'autres similaires, c'est admettre qu'il faut soumettre les voies de la nature et non pas leur obéir ; c'est reconnaître que les puissances de la nature sont souvent en position d'ennemi face à l'homme, qui doit user de force et d'ingéniosité afin de lui arracher pour son propre usage le peu dont il est capable, et c'est avouer que l'homme mérite d'être applaudi quand ce peu qu'il obtient dépasse ce qu'on pouvait espérer de sa faiblesse physique comparée à ces forces gigantesques. Tout éloge de la civilisation, de l'art ou de l'invention revient à critiquer la nature, à admettre qu'elle comporte des imperfections, et que la tâche et le mérite de l'homme sont de chercher en permanence à les corriger ou les atténuer.
John Stuart Mill, La nature